De nouvelles recherches suggèrent que les symptômes de la ménopause pourraient fournir des indices sur la santé future d’une personne.
Ces recherches ont été réalisés par l’Université de Calgary en Alberta.
Auteurs: Jasper Crokford, Maryam Ghahremani, Zahinoor Ismail
Les symptômes de la ménopause permettraient de mieux comprendre les risques d’Alzheimer chez les femmes
De nouvelles études semblent indiquer que les symptômes de la ménopause pourraient être révélateurs de la santé future d’une personne.
Bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, sécheresse vaginale, infections urinaires, règles irrégulières, baisse de la libido, troubles du sommeil, brouillard cérébral, sautes d’humeur et, dans de rares cas, syndrome de la langue qui brûle. Qu’ont en commun tous ces symptômes ? Ils peuvent tous être des signes de la ménopause.
Ces symptômes pourraient-ils également être révélateurs de quelque chose de plus grave ? De nouvelles recherches indiquent que les symptômes de la ménopause ne sont pas seulement des obstacles à surmonter dans l’immédiat, mais qu’ils peuvent aussi annoncer des problèmes de santé futurs, notamment le risque de souffrir de démence. Pour bien comprendre ce lien, il faut d’abord définir ce qu’est la ménopause et comment elle affecte le cerveau et le corps.

Ces symptômes peuvent apparaître lorsque la personne vit des changements hormonaux liés à la ménopause.
La ménopause, qu’est-ce que c’est ?
La ménopause marque la fin naturelle des règles d’une femme, qui survient généralement à la fin de la quarantaine ou au début de la cinquantaine. La ménopause désigne officiellement le jour précis où une personne a passé une année complète sans avoir ses règles.
Cependant, la ménopause n’arrive pas du jour au lendemain. Elle est souvent précédée d’une période appelée péri ménopause qui dure plusieurs années. Pendant celle-ci, le corps se prépare à la ménopause et les niveaux d’hormones, en particulier de l’œstrogène, fluctuent. Cette transition peut durer plusieurs années et s’accompagner de symptômes tels que des règles irrégulières, des bouffées de chaleur, des sautes d’humeur, etc.
Une fois que les règles ont complètement cessé, on parle de postménopause. Mais les symptômes ne s’arrêtent pas toujours là, car certains peuvent persister pendant des années et de nouveaux symptômes peuvent apparaître.
Ces phases – péri ménopause, ménopause et postménopause – font toutes partie d’un seul parcours, même si l’expérience de chaque personne est unique.
Un éventail de symptômes
Bien que la ménopause soit un processus naturel, ces symptômes peuvent être très différents d’une personne à l’autre. Les symptômes de certaines personnes sont légers ou inexistants, tandis que pour d’autres, ils sont nombreux et graves, et perturbent leur quotidien.
Des symptômes tels que l’anxiété peuvent compliquer les relations sociales, les problèmes de sommeil peuvent conduire à l’épuisement et le brouillard cérébral peut rendre les tâches les plus simples décourageantes. Tous ces problèmes affectent la pensée, les émotions et la vie sociale, qui sont des aspects essentiels de la santé globale.

Des symptômes tels que l’anxiété peuvent compliquer les relations sociales, les problèmes de sommeil peuvent conduire à l’épuisement et le brouillard cérébral peut rendre les tâches les plus simples décourageantes.
La ménopause au-delà du présent
Comprendre la ménopause et ses symptômes n’est qu’un début. Plus qu’une simple phase de transition, cette période peut offrir une occasion d’explorer la santé future du cerveau.
Prenons la maladie d’Alzheimer, la cause la plus commune de démence. Elle se caractérise par une perte progressive de la mémoire, des changements d’humeur et de personnalité, et, à terme, une perte d’autonomie. Les femmes sont deux fois plus à risque que les hommes de développer cette maladie. Par le passé, les scientifiques expliquaient cette différence par le fait que les femmes vivaient plus longtemps que les hommes, mais de nouvelles recherches suggèrent que les changements hormonaux liés à la ménopause pourraient jouer un rôle déterminant.

L’œstrogène a un effet protecteur sur la mémoire, il renforce les connexions neuronales, régule l’humeur et élimine les protéines nocives du cerveau. Ces bienfaits pour la santé peuvent diminuer lorsque les niveaux d’œstrogène chutent.
Le rôle des hormones dans la santé cérébrale
À la ménopause, les ovaires cessent de produire des ovules, ce qui provoque d’importants changements hormonaux. L’une des principales modifications est la diminution de l’œstrogène, une hormone essentielle non seulement à la reproduction, mais aussi à la santé du cerveau.
L’œstrogène aide à protéger la mémoire, à renforcer les connexions neuronales, à réguler l’humeur et à éliminer les protéines nocives du cerveau. Quand le niveau d’œstrogène baisse, ses bienfaits pour la santé peuvent diminuer, rendant le cerveau et le corps plus vulnérables à des changements nocifs.
Les changements hormonaux peuvent entraîner l’apparition de symptômes de la ménopause. On sait maintenant que ces symptômes, autrefois considérés comme des effets secondaires désagréables mais temporaires, pourraient en fait indiquer des changements cérébraux liés au risque de démence.
Santé cognitive et comportementale future
Alors que des études précédentes se sont penchées sur le lien entre les symptômes individuels de la ménopause et le risque de démence, notre équipe de recherche (dirigée par Dr Zahinoor Ismail, médecin-chercheur) s’est posé la question suivante : le nombre de symptômes ressentis pourrait-il représenter un indicateur des risques de démence ?
Nous avons étudié cette question en analysant les changements dans :
- La cognition (par exemple, la mémoire, la réflexion et la résolution de problèmes) et
- Le comportement (par exemple, les émotions, la personnalité et les interactions sociales). Si les changements cognitifs sont les premiers auxquels on pense lorsqu’on évoque la démence, les changements comportementaux sont tout aussi importants et peuvent également constituer des signes précurseurs, mais ils sont souvent négligés.
Dans le cadre de l’étude CAN-PROTECT, un projet canadien en ligne sur le vieillissement et la santé du cerveau, nous avons examiné les données de 896 personnes postménopausées. Les participantes devaient revoir le type et le nombre de symptômes qu’elles avaient ressentis pendant la péri ménopause et remplir des tests évaluant leur cognition et leur comportement actuels.
Parmi les participantes, 74,3 % ont déclaré avoir ressenti des symptômes de péri ménopause, en moyenne quatre par personne. Les plus fréquents étaient les bouffées de chaleur (88 %) et les sueurs nocturnes (70 %).
Les symptômes de la ménopause peuvent révéler des changements cérébraux sous-jacents liés au risque de démence.
Nos résultats ont montré que plus le nombre de symptômes était élevé durant la péri ménopause, plus le risque de changements cognitifs et comportementaux à un stade ultérieur de la vie était important. Cela indique que l’impact des symptômes de la péri ménopause ne se limite pas au bien-être à court terme, mais pourrait également signaler des risques pour la santé cérébrale à long terme.
Bien que les mécanismes sous-jacents ne soient pas entièrement compris, ces résultats mettent en évidence l’importance de reconnaître les symptômes de la ménopause comme des signes concernant la santé future du cerveau.
Fait intéressant, les participantes ayant recours à des thérapies hormonales à base d’œstrogène pour les symptômes de la péri ménopause présentaient moins de changements comportementaux que les autres, ce qui suggère que l’œstrogène pourrait jouer un rôle dans la réduction du risque de démence. Toutefois, il est essentiel de poursuivre les recherches pour déterminer le moment optimal pour débuter l’hormonothérapie et ses effets à long terme.
Il est important de comprendre que ces résultats indiquent une relation entre les symptômes et la santé cérébrale ultérieure, mais qu’ils ne prouvent pas qu’il existe une cause à effet. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre pourquoi ce lien existe et comment il fonctionne.
La ménopause est plus qu’une simple transition dans la vie; elle peut fournir des informations essentielles sur la santé cérébrale à long terme.
L’importance de cette recherche
Notre recherche met en évidence un lien crucial : l’apparition de multiples symptômes de péri ménopause peut être liée à des changements cognitifs et comportementaux, qui sont des marqueurs précoces du risque de démence. Reconnaître ces symptômes comme des signes d’alerte pourrait permettre aux prestataires de soins de santé d’identifier plus tôt certains risques et d’explorer des moyens de protéger la santé du cerveau.
Plus qu’une simple transition dans la vie, la ménopause peut fournir des informations importantes sur la santé cérébrale à long terme. Soutenir des projets de recherche comme CAN-PROTECT, qui recrute encore des participants, peut nous aider à comprendre comment l’expérience de la ménopause influence le risque de démence, et ouvrir ainsi la voie à des interventions précoces et à de meilleurs résultats.
Article publié dans sa version originale en anglais sur le site THE CONVERSATION.